Volcans du Costa Rica : ce que 90 % des guides de voyage ne vous disent pas

Le Costa Rica compte 112 volcans identifiés, dont 5 considérés comme actifs. Sur le papier, c’est impressionnant. En pratique, la plupart des voyageurs visitent l’Arenal, prennent une photo dans la brume et repartent sans avoir compris ce qu’ils regardaient. Les blogs de voyage recyclent les mêmes fiches descriptives depuis dix ans, confondent volcans endormis et volcans éteints, et oublient de mentionner que le plus célèbre d’entre eux n’a pas craché la moindre lave depuis 2010. À l’inverse, le Turrialba a fermé un aéroport international et personne n’en parle dans les itinéraires classiques. Cet article ne liste pas les volcans par ordre alphabétique. Il explique lesquels valent le détour selon ce que vous cherchez, ce que les éruptions récentes ont changé sur le terrain, et pourquoi le mot « actif » ne signifie pas ce que vous croyez.

Un pays qui n’existerait pas sans ses volcans

Le Costa Rica n’est pas un pays qui « possède » des volcans. C’est un pays que les volcans ont fabriqué. Sans l’activité tectonique qui a soulevé cette bande de terre entre deux océans, il n’y aurait ni territoire, ni biodiversité, ni café costaricien.

Comment la subduction de la plaque Cocos a littéralement fabriqué le Costa Rica il y a 3 millions d’années

Il y a 3 millions d’années, l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud étaient séparées par l’océan. Entre les deux, quelques îles volcaniques éparses. La plaque océanique de Cocos a commencé à plonger sous la plaque Caraïbe à une vitesse d’environ 9 centimètres par an. Ce mouvement a généré une pression et des températures suffisantes pour faire fondre la croûte terrestre en magma. Ce magma est remonté à la surface, couche après couche, éruption après éruption, construisant progressivement l’isthme qui forme le Costa Rica actuel.

Ce processus de subduction est toujours en cours. Les volcans costariciens ne sont pas des reliques géologiques figées. Ils continuent de se former, de se modifier et d’émettre des matériaux. La plaque de Cocos se déplace vers le nord-est et plonge sous la plaque Caraïbe en créant des failles et des zones de fragilité dans la croûte terrestre. C’est ce mécanisme qui explique la concentration anormale de volcans sur un territoire de 51 000 km², plus petit que la Bretagne.

Le Grand Échange Inter-Américain : quand les volcans costariciens ont reconnecté deux continents

La fermeture de ce passage océanique a déclenché un événement biologique majeur que les scientifiques appellent le Grand Échange Inter-Américain. Pour la première fois, les espèces animales et végétales d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud ont pu migrer d’un continent à l’autre. Les tatous sont remontés vers le nord. Les cervidés sont descendus vers le sud. La biodiversité actuelle du Costa Rica, souvent présentée comme un miracle écologique, découle directement de cette reconnexion géologique.

Ce point est rarement mentionné dans les guides de voyage. On vous dit que le Costa Rica abrite 5 % de la biodiversité mondiale, mais on omet d’expliquer pourquoi. La réponse tient en une phrase : parce que les volcans ont créé un pont terrestre entre deux réservoirs génétiques qui évoluaient séparément depuis des dizaines de millions d’années.

112 volcans identifiés, 5 actifs : pourquoi certains sites annoncent 200 (et se trompent)

Le chiffre de 200 volcans circule sur de nombreux sites touristiques et blogs francophones. Il est faux, ou du moins trompeur. Le Global Volcanism Program du Smithsonian Institution, qui fait référence en la matière, recense 112 volcans identifiés au Costa Rica. Parmi eux, 5 sont considérés comme actifs : l’Arenal (en repos depuis 2010), le Poás, l’Irazú, le Turrialba et le Rincón de la Vieja.

La confusion vient de la définition même du mot « volcan ». Certaines sources comptent les cônes adventifs, les cratères secondaires ou les formations géothermiques comme des volcans distincts. D’autres incluent des structures si érodées qu’elles ne sont plus identifiables comme volcaniques à l’œil nu. Le chiffre de 200 gonfle artificiellement la réalité pour créer un effet « wow » dans les brochures. Pour un voyageur, seule une dizaine de volcans sont accessibles et présentent un intérêt de visite.

Volcans « actifs » : un mot qui ne veut presque rien dire au Costa Rica

Qualifier un volcan d’« actif » au Costa Rica induit souvent en erreur. Un volcan peut être actif au sens géologique tout en étant totalement silencieux en surface, et inversement, un volcan classé inactif peut manifester une activité géothermique spectaculaire.

L’Arenal, déclaré éteint pendant 400 ans avant de raser deux villages en 1968

Avant le 29 juillet 1968, l’Arenal était considéré comme éteint. Aucune éruption documentée depuis au moins 400 ans. Les villageois de Tabacón et Pueblo Nuevo vivaient sur ses flancs sans inquiétude. Ce jour-là, le volcan s’est réveillé sans signe précurseur exploitable. L’éruption a été soudaine et dévastatrice : coulées de lave, projections de roches à plusieurs kilomètres, les deux villages ensevelis. Trois cratères se sont ouverts sur les flancs du volcan.

Pendant les 42 années suivantes, l’Arenal est devenu l’un des volcans les plus actifs au monde, avec des éruptions quotidiennes visibles à 20 km de distance. Puis en octobre 2010, il est entré dans une phase de repos. Il n’a plus émis la moindre lave depuis. Ce que les visiteurs voient en 2025, c’est un cône parfait couvert de végétation, entouré de complexes thermaux alimentés par le magma souterrain. Le spectacle est géologique, pas pyrotechnique. Si vous partez au Costa Rica en espérant voir de la lave couler, l’Arenal ne vous l’offrira pas.

Le Turrialba, fermé depuis des années et pourtant ignoré des touristes, le paradoxe du « Vieux Fumeur »

Le Turrialba culmine à 3 342 mètres et porte le surnom de « El Viejo Fumador » (le Vieux Fumeur) en raison de ses émissions constantes de fumerolles et de gaz. Entre 2014 et 2016, il a connu une série d’éruptions majeures. Celle de septembre 2016 a projeté un panache de cendres à plus de 4 000 mètres dans l’atmosphère, forçant la fermeture de l’aéroport international Juan Santamaría à Alajuela à plusieurs reprises.

L’accès au sommet est fermé depuis des années. Les sentiers du parc national sont restreints. Pourtant, les blogs de voyage continuent de le mentionner comme une excursion possible, souvent sans préciser cette fermeture. Le paradoxe est que le Turrialba est probablement le volcan le plus « actif » du Costa Rica au sens littéral du terme, celui qui se manifeste le plus régulièrement, mais c’est aussi le moins visité. Observer ses panaches de fumée depuis la vallée de Turrialba reste une expérience saisissante, à condition d’accepter que vous n’atteindrez pas le cratère.

Le Miravalles, classé « inactif » mais qui alimente l’une des plus grandes centrales géothermiques d’Amérique centrale

Le Miravalles est rarement mentionné dans les itinéraires touristiques. Son statut de volcan « inactif » décourage les visiteurs en quête de spectacle. Sa dernière éruption date de 1946. Pourtant, son activité géothermique souterraine est suffisamment intense pour alimenter depuis plus de 30 ans l’une des plus grandes centrales géothermiques d’Amérique centrale, qui produit de l’énergie propre pour le réseau électrique national.

Ce décalage entre la perception touristique et la réalité géologique illustre le problème fondamental de la classification des volcans. Le Miravalles est « inactif » en surface mais bouillonne en profondeur. Les villages de Guyabal et Fortuna qui l’entourent offrent une expérience de Costa Rica rural sans filtre touristique. C’est une destination pour les voyageurs qui cherchent l’authenticité plutôt que la carte postale, à seulement 2 heures de route des stations balnéaires de Playa Hermosa et Playa Tamarindo.

Les trois lacs acides que personne ne compare jamais entre eux

Le Costa Rica possède trois volcans qui hébergent un lac acide dans leur cratère : le Poás, l’Irazú et le Rincón de la Vieja. Les articles les traitent toujours séparément, sans jamais les mettre en regard. C’est pourtant leur comparaison qui révèle leurs différences réelles.

Poás, Irazú, Rincón de la Vieja : pH, couleur, accessibilité, le vrai comparatif

Le lac du Poás (Laguna Caliente) affiche un pH oscillant entre 0 et 1, ce qui en fait l’un des lacs les plus acides au monde. Il présente une couleur bleu turquoise intense. Le parc est situé à 54 km de San José, avec un accès routier direct et un parking. Ouvert tous les jours de 8h à 16h, mais fermetures fréquentes liées à l’activité volcanique.

Le lac principal de l’Irazú (cratère Playa Hermosa) a un pH qui oscille entre 0 et 3,5, avec une profondeur maximale de 200 mètres. Sa couleur varie du vert émeraude au turquoise selon la période. Situé à 35 km de San José, c’est le plus accessible en voiture, avec un parking proche du cratère. Ouvert tous les jours de 8h à 16h.

Le lac du Rincón de la Vieja est le moins accessible des trois. L’accès au cratère est fermé. Les manifestations acides se perçoivent via les geysers, les mares de boue bouillante et les fumerolles sur les sentiers de Las Pailas. Ouvert de 8h à 16h, fermé le lundi.

Pourquoi le lac du Poás (pH 0) est plus corrosif qu’une batterie de voiture

Un pH de 0, c’est le niveau d’acidité de l’acide chlorhydrique concentré. L’acide d’une batterie de voiture (acide sulfurique dilué) tourne autour de pH 1. La Laguna Caliente du Poás est donc, en termes de concentration en ions hydrogène, dix fois plus acide qu’une batterie automobile. L’échelle pH est logarithmique : chaque point de différence correspond à un facteur 10.

Concrètement, rien de vivant ne survit dans cette eau. Les gaz qui s’en dégagent (dioxyde de soufre, chlorure d’hydrogène) corrodent les structures métalliques du parc et détruisent la végétation environnante. C’est ce qui donne au Poás son paysage lunaire caractéristique, où les arbres morts forment des silhouettes squelettiques autour du cratère. Le parc limite d’ailleurs le temps de visite au cratère pour des raisons sanitaires, les émissions gazeuses pouvant provoquer des irritations respiratoires.

Le mécanisme chimique qui fait passer un lac du gris au turquoise en quelques semaines

La couleur de ces lacs acides n’est pas fixe. Elle varie entre le gris clair, le bleu turquoise et le vert émeraude selon la composition chimique de l’eau à un moment donné. Le mécanisme principal est la dissolution de minéraux par les gaz volcaniques qui traversent le lac.

Quand l’activité fumerollique augmente, des gaz riches en soufre et en chlore modifient la concentration en ions métalliques dissous (fer, aluminium, soufre). Ces ions absorbent et réfléchissent la lumière différemment. Une forte concentration en soufre colloïdal donne un gris laiteux. Une prédominance d’ions ferreux produit un vert émeraude. Le turquoise résulte d’une diffusion de la lumière par des particules en suspension extrêmement fines. Un changement de couleur sur quelques semaines indique donc une modification de l’activité volcanique souterraine. Les vulcanologues de l’OVSICORI surveillent ces variations chromatiques comme indicateur d’évolution du système hydrothermal.

Quel volcan visiter selon ce que vous cherchez vraiment

Le choix d’un volcan au Costa Rica dépend moins de sa « beauté » que de ce que vous attendez concrètement : un panorama, une baignade thermale, une randonnée en forêt de nuages, ou une expérience hors circuit touristique.

Le seul volcan où l’on peut voir les deux océans par temps clair (Irazú, et pourquoi c’est rare)

Depuis le sommet de l’Irazú, à 3 432 mètres, il est théoriquement possible de voir l’océan Pacifique et la mer des Caraïbes simultanément. C’est le seul point au Costa Rica où cette double vue est accessible. En pratique, la fenêtre météo est étroite. Les nuages enveloppent le sommet dès la mi-matinée la plupart des jours.

Pour maximiser vos chances, il faut arriver à l’ouverture du parc à 8h et prévoir un coupe-vent. Les températures au sommet oscillent entre -6°C et +18°C selon le moment de la journée. L’écart thermique surprend les voyageurs qui arrivent en tenue tropicale depuis San José, situé à seulement 35 km en contrebas. Le cratère Diego de la Haya, avec son lac turquoise de 800 mètres de diamètre, et le gigantesque El Gigante (1,7 km de diamètre, 500 mètres de profondeur) valent le détour même sans la double vue océanique.

Arenal vs Rincón de la Vieja : sources chaudes naturelles contre complexes thermaux aménagés

Autour de l’Arenal, le thermalisme est une industrie. Le magma souterrain chauffe les nappes phréatiques et les rivières, ce qui a permis le développement de complexes thermaux privés comme Tabacón, avec piscines aménagées, bars intégrés et tarifs en conséquence. L’expérience est confortable mais calibrée pour le tourisme international.

Au Rincón de la Vieja, les sources chaudes sont plus brutes. Le parc national abrite plus de 30 sources chaudes et geysers. Les mares de boue atteignent 90°C. Les sentiers de Las Pailas traversent un paysage géothermique où le sol siffle et fume. L’odeur de soufre est forte. C’est moins instagrammable mais géologiquement plus impressionnant. Le Rincón propose aussi des activités de canyon et de rappel que l’Arenal ne peut pas offrir dans les mêmes conditions. Le choix entre les deux dépend de votre tolérance au confort : relaxation encadrée d’un côté, immersion géothermique de l’autre.

Barva et Tenorio : les deux volcans que les locaux préfèrent et que les tours operators évitent

Le Barva, avec ses 2 906 mètres, est le troisième plus haut sommet du Costa Rica. Son ascension traverse une forêt nuageuse dense jusqu’à la Laguna de Copey, un lac d’origine volcanique aux eaux cristallines. Le sentier est bien balisé, les panoramas à 360 degrés au sommet sont parmi les plus beaux du pays. Mais les agences de La Fortuna et San José ne le programment presque jamais. Raison principale : le Barva est situé dans le parc national Braulio Carrillo, dont l’accès est moins standardisé que celui des volcans « touristiques », et la fréquentation reste faible.

Le Tenorio souffre du même oubli relatif, malgré le Río Celeste qui est l’un des phénomènes naturels les plus photogéniques du pays. Ces deux volcans attirent les randonneurs costariciens le week-end, signe que leur intérêt est réel, mais leur éloignement des circuits classiques les maintient dans l’angle mort des tour-opérateurs.

Le Río Celeste au Tenorio, « la rivière où Dieu a lavé ses pinceaux » n’est pas qu’une légende

La couleur bleu turquoise du Río Celeste ne vient pas d’un pigment ni d’une algue. Elle résulte d’un phénomène physique appelé diffusion de Mie. Au confluent de deux rivières aux compositions chimiques différentes (l’une acide et chargée en aluminium, l’autre plus neutre), des nanoparticules d’aluminosilicate se forment spontanément. Ces particules, d’une taille comprise entre 100 et 500 nanomètres, diffusent sélectivement la lumière bleue.

Ce mécanisme a été élucidé en 2013 par une équipe de chercheurs de l’Université nationale du Costa Rica et de l’Université de Cambridge. Avant cette étude, plusieurs hypothèses erronées circulaient : présence de cuivre, de soufre, ou de calcaire. Si vous prélevez un échantillon d’eau du Río Celeste et le mettez dans un verre, il redevient transparent. La couleur n’existe que dans la rivière elle-même, là où la concentration en nanoparticules et la profondeur d’eau sont suffisantes pour produire l’effet optique.

Ce que les éruptions récentes ont changé concrètement pour les voyageurs

Les éruptions volcaniques au Costa Rica ne sont pas des événements abstraits réservés aux documentaires. Elles ont des conséquences directes sur la logistique de voyage, les accès aux parcs et les protocoles de sécurité.

Turrialba 2014-2016 : quand les cendres ferment l’aéroport international

Entre 2014 et 2016, le Turrialba a projeté des colonnes de cendres qui ont atteint la vallée Centrale et la capitale San José, distante d’environ 50 km. Les retombées de cendres fines ont provoqué la fermeture de l’aéroport international Juan Santamaría à Alajuela à plusieurs reprises. Des écoles, des entreprises et des routes ont également été fermées.

Pour un voyageur, cela signifie concrètement que votre vol peut être annulé ou dérouté sans préavis si le Turrialba se réveille à nouveau. Les compagnies aériennes n’indemnisent pas systématiquement ce type de perturbation classée « cas de force majeure ». Si vous planifiez un séjour au Costa Rica, vérifier l’état d’activité du Turrialba sur le site de l’OVSICORI (Observatoire volcanologique et sismologique du Costa Rica) avant le départ est une précaution que peu de voyageurs prennent.

Rincón de la Vieja 2021 : lahars et coulées de boue sur les terres agricoles en contrebas

En juin 2021, le Rincón de la Vieja a connu une série d’éruptions qui ont projeté des panaches de cendres et des fragments de roche à plusieurs kilomètres. Le phénomène le plus destructeur n’a pas été les projections aériennes mais les lahars : des coulées de boue volcanique formées par le mélange de cendres, de roches et d’eau de pluie, qui dévalent les pentes et envahissent les rivières en contrebas.

Ces lahars ont affecté les terres agricoles et les cours d’eau de la zone de Guanacaste. Pour les voyageurs, le risque concret des lahars est souvent sous-estimé. Contrairement aux projections de cendres qui sont visibles et prévisibles, les lahars peuvent se déclencher pendant une pluie forte, plusieurs heures après une éruption, et dévaler les vallées à grande vitesse. Les sentiers proches des rivières en aval du Rincón sont les zones les plus exposées.

Stationner en marche arrière, alertes SMS, zones d’évacuation : la réalité sécuritaire sur le terrain

Dans les régions proches du Poás, de l’Arenal ou du Rincón de la Vieja, il n’est pas rare que les parkings exigent un stationnement en marche arrière. L’objectif est simple : optimiser le temps d’évacuation si une alerte est déclenchée. Ce détail, anecdotique en apparence, en dit long sur le niveau de préparation du pays face au risque volcanique.

Le Costa Rica dispose d’un plan d’urgence volcanique coordonné entre les autorités locales et les scientifiques de l’OVSICORI. Des zones de sécurité sont définies autour des volcans actifs. Les alertes sont diffusées par SMS et par les médias locaux. Les éruptions récentes n’ont fait aucune victime depuis de nombreuses années, preuve que le système fonctionne. Mais cette efficacité repose sur la coopération des visiteurs : suivre les consignes d’évacuation, ne pas s’aventurer dans les zones interdites, et porter un masque en cas de retombées de cendres. C’est un aspect que les guides mentionnent rarement, et que les voyageurs découvrent en arrivant sur place.

Les volcans comme moteur économique, et ses contradictions

L’activité volcanique du Costa Rica n’est pas seulement un phénomène géologique. Elle structure l’économie de régions entières, crée des emplois, attire des devises, et produit des sols parmi les plus fertiles d’Amérique centrale.

Comment l’Arenal a créé une économie touristique entière autour de La Fortuna depuis 2010 sans couler la moindre lave

Le paradoxe de l’Arenal est économique. Tant que le volcan était en éruption (1968-2010), il attirait des visiteurs venus voir la lave. Depuis qu’il est au repos, la région de La Fortuna est devenue l’un des pôles touristiques les plus rentables du Costa Rica. Des écolodges, des hôtels, des restaurants et des centres d’activités se sont multipliés. Les sources thermales de Tabacón, chauffées par le magma souterrain, fonctionnent indépendamment de l’activité éruptive.

L’Arenal a réussi une transition rare : passer d’une attraction fondée sur le spectacle volcanique à une économie de services diversifiée (randonnée, tyrolienne, kayak sur le lac Arenal, bains thermaux, observation de la faune). Le volcan lui-même est devenu un décor. Ce modèle fonctionne tant que la réputation du nom « Arenal » suffit à attirer les visiteurs. La question est de savoir combien de temps cette notoriété résistera à l’absence de toute activité visible.

12 zones de vie sur 24 à l’échelle mondiale concentrées sur quelques kilomètres de dénivelé

Le système de classification de Holdridge identifie 24 zones de vie sur la planète (combinaisons de température, précipitations et évapotranspiration). Le Costa Rica en concentre 12 sur son territoire. Cette densité exceptionnelle s’explique directement par le relief volcanique : en quelques dizaines de kilomètres, on passe du niveau de la mer à plus de 3 400 mètres d’altitude.

Sur les flancs d’un volcan comme l’Irazú, vous traversez en une journée des plages tropicales, des forêts humides de plaine, des forêts de nuages et des zones de végétation alpine quasi-arctique. Cette compression verticale des écosystèmes est unique au monde à cette échelle. Elle explique pourquoi le Costa Rica, malgré sa taille minuscule, abrite environ 5 % de la biodiversité mondiale. Les volcans n’ont pas seulement créé le territoire physique du pays. Ils ont créé les conditions de sa diversité biologique.

Le sol volcanique derrière le café costaricien : fertilité exceptionnelle contre risque permanent

Le café costaricien est réputé parmi les meilleurs au monde, et les volcans en sont directement responsables. Les éruptions successives ont enrichi les sols en minéraux essentiels : phosphore, potassium, calcium et magnésium. Ces sols volcaniques, appelés andisols, offrent un drainage naturel excellent et une capacité de rétention d’eau idéale pour les caféiers.

Les plantations de café les plus prestigieuses du pays sont situées dans la vallée Centrale, sur les flancs de l’Irazú et du Poás. C’est exactement là où le risque volcanique est le plus élevé. L’éruption de l’Irazú entre 1963 et 1965 a recouvert les cultures de cendres pendant deux ans. Les agriculteurs balayaient les rues et les champs chaque matin. Mais une fois l’éruption terminée, les cendres ont enrichi les sols pour les décennies suivantes. Cette dualité fertilité/destruction est le pacte implicite des agriculteurs costariciens avec leurs volcans : des récoltes exceptionnelles entre les éruptions, des pertes totales pendant.

Questions fréquentes

Quelle est la meilleure période de l’année pour visiter les volcans du Costa Rica

La saison sèche, de décembre à avril, offre les meilleures conditions de visibilité, surtout pour les volcans d’altitude comme l’Irazú et le Poás où la brume et les nuages s’installent rapidement. Pendant la saison des pluies (mai à novembre), les matinées restent souvent dégagées. La stratégie la plus efficace est de planifier les visites de cratères tôt le matin, idéalement dès l’ouverture des parcs à 8h, quelle que soit la saison.

Peut-on visiter un volcan en éruption au Costa Rica

Non, l’accès aux zones éruptives actives est strictement interdit. Quand un volcan entre en phase d’éruption, le parc national ferme et les zones de sécurité sont élargies. Le Turrialba est fermé depuis des années pour cette raison. En revanche, vous pouvez observer l’activité géothermique (fumerolles, geysers, mares de boue) au Rincón de la Vieja et au Poás depuis des points de vue sécurisés, ce qui donne un aperçu concret de l’activité volcanique sans mise en danger.

Faut-il un guide pour visiter les volcans ou peut-on y aller seul

Les parcs nationaux des volcans principaux (Arenal, Poás, Irazú) sont accessibles sans guide. Les sentiers sont balisés, les parkings proches des points d’intérêt. En revanche, pour le Barva, le Tenorio ou le Rincón de la Vieja, un guide local améliore considérablement l’expérience. Ces volcans traversent des écosystèmes denses où la faune (pumas, jaguars, tapirs) est présente mais discrète. Un guide repère ce qu’un visiteur non entraîné manquera systématiquement.

Les volcans du Costa Rica sont-ils dangereux pour les touristes

Le Costa Rica n’a enregistré aucune victime touristique liée à une éruption volcanique depuis de nombreuses années. Le pays dispose d’un système de surveillance performant piloté par l’OVSICORI et de plans d’évacuation éprouvés. Le principal risque concret pour un voyageur n’est pas l’éruption elle-même mais ses effets secondaires : retombées de cendres affectant la respiration, fermetures de routes ou d’aéroports, et lahars dans les zones basses après de fortes pluies. Respecter les consignes des autorités locales et vérifier l’état d’activité des volcans avant chaque visite suffit à voyager en sécurité.

Combien de jours faut-il pour voir plusieurs volcans au Costa Rica

Un circuit volcanique efficace demande 5 à 7 jours minimum. L’Irazú et le Poás se visitent facilement depuis San José en une journée chacun. L’Arenal et le Rincón de la Vieja nécessitent chacun au moins deux jours sur place (trajet inclus) car ils sont situés dans le nord du pays. Ajouter le Tenorio ou le Barva demande un jour supplémentaire par volcan. La principale erreur de planification est de sous-estimer les temps de route : les distances sont courtes sur la carte, mais les routes de montagne costariciennes imposent des vitesses moyennes de 40 à 50 km/h.

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